Le GO a été demandé par des passionnés de régates qui voulaient que la série des Neptune continue, mais ce sont des amateurs de croisière qui ont acheté les premières unités.
Ce 18 pieds est réellement transportable puisque tractable par une voiture de moyenne cylindrée, avec mise à leau directement depuis la remorque. Sa cabine, bien que (trop) petite, est parfaitement isolée thermiquement et phoniquement grâce à la construction en sandwich. Le cockpit est vaste et très confortable. Enfin, le voilier est homologué insubmersible, ce qui peut toujours servir !
Mais attention, un Go de croisière clé en main, cela nexiste pas. La cabine ne comprend que quatre couchettes et éventuellement un réchaud en option, cest tout !
Pour le régatier, cest peut-être le grand luxe, pour la croisière, non !
Mais au fait, quest-ce quun voilier de croisière ?
Ma définition est la suivante :
Un bateau qui avance de jour comme de nuit, quil y ait du vent ou quil ny en ait pas !
Un bateau qui peut séloigner de côtes en toute sécurité et dans un certain confort.
Pour atteindre notre objectif, nous avons divisé lespace du Go en blocs.
À lavant, le couchage ; nous gardons les couchettes dorigine, mais les rallongeons de 15 centimètres (elles passent de 1m70 à 1m85) et les revêtons dun tissu plus cosi.
De côtés, les autres couchettes sont supprimées et font place : sur bâbord, à la cambuse (assiettes, casseroles, nourriture) et à tribord, à la centrale technique (GPS, VHF, tableau électrique, outillage).

A bâbord, le côté cambuse

A tribord, le côté technique
Larrière bâbord est transformé en coffre à mouillages ouvrable de lextérieur seulement. Larrière tribord devient notre armoire à habits. Sous le cockpit, cest plus traditionnel ; cachés derrière une porte : les WC chimiques, les voiles de rechange, la réserve deau (30 litres). Nous ajoutons sur le sol de la cabine un petit coffre pour cacher la pompe de cale et pour les boissons (contenu confidentiel !). Nous fabriquons également un coffre à larrière du bateau, dont le but est de recevoir les deux réservoirs à essence pour le moteur.
Le bateau est livré sans circuit électrique. Nous posons donc une batterie de 45 A/h sous la couchette tribord, contre la dérive. Le voilier est équipé de feux de mouillage et de navigation, plus de la lumière pour la cabine. Cest lalternateur 3A/h du moteur qui maintient la charge. Nous avons également un chargeur de quai, mais nous lutiliserons très peu. Un petit accu de 1,3 A/h est stocké dans une poche étanche, au cas où la batterie nous lâcherait.
Quelques éléments sont ajoutés pour le confort : Un aérateur solaire pour la ventilation de la cabine, un plancher dans le cockpit pour éviter de se griller les pieds ou se les mouiller (leau passe dessous), un filet pour empêcher la canette de bière de senvoler par-dessus bord et même une petite douche solaire installable sur le pont, sans oublier la traditionnelle échelle de bain !
Le bateau est prêt. Encore une balancine pour éviter la bôme sur les pieds, un équipement de sécurité correct, une girouette en tête de mât et nous pouvons partir.
Les essais ont lieu sur le bleu Léman, donc, en eau douce. Première constatation qui se vérifiera en mer, le bateau est stable, très stable. Rien à voir avec certaines descriptions de Neptune partant au tas. Cela sera confirmé par dautres utilisateurs. Est-ce la dérive de 45 kilos ? Est-ce la répartition des charges ? Est-ce una façon de naviguer plus tranquille quen régate ? Je nen sais rien, je constate seulement. La proue coupe bien les vagues, nous serons très peu mouillés. Le roulis, même au portant, est très faible. On se croirait vraiment sur une grosse unité, si ce nest la sensibilité à notre propre poids qui fait pancher le voilier lorsquon se déplace sur le pont.

LetsGo de dos

Lets Go de face
Pour un lac, le bateau est légèrement sous toilé et ne fait pas le poids contre certain vrais lacustres bien profilés. En mer, par contre, nous naurons pas à nous plaindre de nos 18,5 m2 réglementaires.
Lets Go est mis à leau à La Ciotat, en Méditerranée. Au programme, 10 jours qui nous amènerons à Canne par le chemin des écoliers avec des navigations de 20 Milles par jour en moyenne. Petite surprise, nous avions fait très attention à la répartition des charges. Comme les mouillages (deux ancres plates de 4 et 6 kgs plus deux fois six mètres de chaînes) sont très lourds et situés sur tribord, nous pension voir le bateau sincliner légèrement sur ce côté. En fait, il penchera de lautre, cest-à-dire du côté des bagages. Ce nest pas la tour de Pise, mais tout de même une légère insulte au fil à plomb. La prochaine fois, je pars avec la brosse à dents, mais sans le dentifrice, cela devrait rétablir léquilibre !
Notre vaisseau est un biplace, mais nous sommes trois à bord. Nous avons installé Victor, notre pilote automatique. Au départ, il nétait pas prévu dans léquipage. Une longue navigation à barrer au moteur plus un prix très attractif de la part dun distributeur ont eu raison de nos résistances. Nous avons acquis Victor, en fait, un Simrad TP10. Dabord prévu pour les allures moteur, Vicor barrera également sous voiles, et plutôt bien (ce nest tout de même pas un fan du vent arrière). En fait, je crois quil ny a que deux types dutilisateurs de pilotes : Ceux qui nont que des problèmes avec, et ceux qui nen ont jamais. Heureusement, nous semblons faire partie de la seconde catégorie.

Victor, le moteur, le coffre à essence et le pavillon national !
Manger, dormir, regarder le paysage... Nous sommes à laise sur ce bateau et envisageons déjà des croisières beaucoup plus longues. Seul défaut, le plafond de la cabine est vraiment bas ! Mais il faut souffrir pour être beau (GO ?).
Avec un rouf plus haut, la ligne superbe du voilier ne serait plus la même. Nous acceptons donc de nous taper la tête ! Au port, nous disposons dune tente faite sur mesure et couvrante le cockpit. Elle est composée darceaux en aluminium et dune bâche Hi-tec (en tout cas, si on considère son prix !). Cela nous donne une pièce de plus, soit, au gré des humeurs, un salon, une salle à manger ou une cuisine. Cette tente sera en fait très vite montée, très résistante au Mistral et saura se faire discrète une fois pliée.

Lets Go à Saint-Raphaël avec sa tente. Esthétique discutable mais efficacité garantie !
La vitesse du voilier est conforme à nos prévisions. Au moteur, notre 5 chevaux quatre-temps tient les 5 noeuds sans problème, ceci en nengloutissant quun litre deux à lheure de sans-plomb 95. Nous avons 24 litres de réserve de ce breuvage, ce qui nous donne une autonomie de 20 heures.

Au moteur, le sailmaster affiche 5 noeuds 85 au cap 075 !
Sous voiles, nous oscillons entre trois et six noeuds selon le vent (force 2 à 6 durant notre croisière). Nous ferons une petite pointe à 8,5 noeuds lors dune allure au portant. Notre voilure est celle proposée par le constructeur : voiles en mylar, spi symétrique (non pris en Méditerranlée, car nous ne sommes pas encore des experts de ce bout de tissu), trinquette au cas où, mais qui restera également dans sons sac. Le seul jour où elle aurait été utile, nous marchions tellement bien sous grand voile seule avec un ris au portant, que nous avons eu la flemme de sortir ce petit bout de toile.
Ce nest pas parce quon est en croisière quon va se laisser dépasser par n'importe qui !
Bon, face aux courses-croisières bien profilés, aucune chance, mais la plupart des croiseurs sont de type familial, donc lourds. Là, nous ne nous gênerons pas et cest souvent nous qui arriverons les premiers aux douches !
Le Mistral soufflera sur les trois quarts de notre voyage. Un jour, il nous propose des rafales à force 8. Des voisins de ponton doivent rendre le bateau à sa base, avec
comme programme une quarantaine de Milles avec ce petit vent local dans le nez.
Nous décidons de continuer au portant. Le Go est un transportable, nous le sortirons ou il arrivera, quitte à aller rechercher le véhicule tracteur et sa remorque par le train !
Un jour, nous mesurons les limites de notre 18 pieds. Un Super Calin (6m.50) super costaud arrive de Corse. Cette destination nest pas pour nous. Nous sommes en croisière vacances, pas en raid survie ! Un simple coup doeil entre les deux bateaux nous rappelle que le GO est un croiseur côtier, rien quun côtier. Pour le reste, svp, voir plus gros !
Notre GO est un bateau neuf, qui jusque-là a essentiellement connu les autoroutes et le feu des projecteurs dans le cadre dexpositions comme le salon de Paris. Cest le premier de la série, donc un prototype. Cela se traduit, comme tout voilier neuf, par un bateau pas tout à fait au point. Nous corrigeons dentrée une foule de petites imperfections sans gravité (par exemple la fermeture de la porte du capot). Ces travaux sont effectués avant même la première mise à leau. Le gouvernail nous posera également un sacré problème, car il ne fonctionne pas à satisfaction. Le chantier se montrera heureusement très réactif et nous aidera grandement à corriger les erreurs. Sur les GOs suivants, ces problèmes ont je crois été résolus.
Notre bateau a coûté, prêt à naviguer, la somme de 26000 Euros.
Cest beaucoup diront certains. Je pense que non. La plupart des navigateurs oublient de calculer les petits frais annexes qui gonflent le prix de base de 20 à 30 %. Là, jai tout additionné, y compris lachat du tire-bouchon ou celui du pavillon national ! Pour ce prix jai un voilier technique, performant et confortable.
Lets Go est un excellent voilier de croisière côtière, respectant totalement notre cahier des charges. Cest un bateau qui ne passe pas inaperçu avec son look particulier.
Ce type de croiseur est pourtant à déconseiller aux familles nombreuses et ne fonctionne bien quen version biplace. Bien que stable, le Go reste un bateau conçu au départ pour la régate ; mieux vaut donc avoir quelques notions de voile avant dembarquer.
18 pieds pour naviguer, cest petit, donc vulnérable. Des connaissances en navigation et en météo sont indispensables pour jouir dune croisière en toute sécurité.

Lets Go à Canne. Un sacré bon petit bateau de caracère !
Les voiliers de croisière transportables ont un avenir certain. Noublions pas quils avancent à 5 noeuds en mer et à 50 noeuds sur les autoroutes ! Ils se mettent à leau presque partout et dorment sagement dans le jardin en hiver. Leur entretien nest pas monumental et passé lachat de base, ces bateaux se révèlent économiques.
Si vous êtes un peu bricoleur, dun tempérament sportif (mais pas trop !) et amoureux des voyages, que vos enfants ne partent plus en vacances avec vous, que vous pouvez vivre sans vous changer quatre fois par jour, que vous êtes capable de vous passer quelque temps de votre télé écran plat taille XXL, que vous navez pas besoin de compenser vos échecs professionnels et sociaux par un navire possédant une plateforme pour hélicoptère, que vous ne confondez pas un noeud de chaise et une chaise moteur, que vous supportez correctctement le pastis lors des soirées au ponton, le GO de croisière est pour vous !
Roger Baudet